La Traviata, une histoire "vraie"

Moment charnière dans la carrière de Giuseppe Verdi, La Traviata est aujourd’hui considérée comme l’un des opéras les plus emblématiques du répertoire. Le compositeur s’éloigne des grands drames historiques et choisit un sujet radicalement contemporain : l’histoire d’une courtisane stigmatisée par la société. Ce choix marque une rupture dans l’opéra italien du XIXe siècle, en faisant entrer sur scène des personnages jusque-là jugés indignes du genre lyrique.

Marie Duplessis peinte par Édouard Viénot à la fin des années 1890

Derrière le personnage de Violetta se cache une figure historique : Marie Duplessis (de son vrai nom Alphonsine Plessis), courtisane célèbre dans le Paris des années 1840. Née dans une famille pauvre de Normandie et abandonnée très jeune par ses deux parents, elle parvient à s’imposer  dans les salons parisiens grâce à son intelligence et à son charme, fréquentant artistes et écrivains, dont Franz Liszt et Alexandre Dumas fils. Mais son ascension est de courte durée : atteinte de tuberculose, elle meurt à 23 ans, abandonnée par la société qui l’avait admirée.

C’est l’adaptation au théâtre de La Dame aux camélias, écrit en 1848 par Dumas fils, qui révèle cette histoire à Verdi. Profondément touché, il y voit un écho à sa propre relation avec la cantatrice Giuseppina Strepponi. Relation qui scandalise la société italienne qui juge sévèrement cette femme indépendante, ancienne chanteuse d’opéra. Leur vie commune, entamée avant leur mariage, les expose à de vives critiques et à une forme d’ostracisme social, notamment dans les milieux conservateurs italiens. Cette expérience nourrit la sensibilité de Verdi et éclaire son intérêt pour une héroïne condamnée par les mœurs. La Traviata peut ainsi se lire comme un véritable poème d’amour adressé à Giuseppina Strepponi en dépeignant l’histoire d’une femme mise à l’écart de la bonne société, et qui prend une dimension héroïque à travers son amour et son sacrifice.

Affiche d’Alphonse Mucha d’une représentation de la Dame aux Camélias avec Sarah Bernhardt, 1896.

Au-delà de La Traviata

Aujourd’hui encore la tombe de Marie Duplessis, au cimetière de Montmartre, reçoit des hommages singuliers : des camélias mais aussi des traces de rouge à lèvres laissées par des visiteurs. Autant de gestes qui témoignent de la postérité symbolique de ces figures – Marie Duplessis, Marguerite Gautier (héroïne de la Dame aux Camélias) et Violetta – érigées en icônes par certaines communautés marginalisées, qui reconnaissent dans leurs trajectoires une expérience de rejet et de dissimulation d’amours non conventionnels.

Violetta mourante, La Traviata au Musiktheater Linz © Francisco Peralta Torrejón

La bande-son

La playlist qui accompagne ce parcours vous propose de suivre musicalement le destin de Violetta à travers ses airs les plus emblématiques. De l’éclat virtuose de « Sempre libera » à l’intimité bouleversante de « Addio del passato », vous traversez les grandes étapes de sa vie : l’illusion de liberté, la naissance de l’amour, puis le renoncement et enfin le sacrifice.

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