La Traviata, du fiasco au succès

En 1853, lors de la première de La Traviata, le public, choqué par le réalisme de l’histoire, rejette la pièce. Près de deux siècles plus tard, cette œuvre de Verdi compte parmi les trois opéras les plus joués au monde. Découvrons comment un fiasco peut devenir un succès planétaire.

Au moment où il signe un contrat avec La Fenice de Venise, loin des grands tableaux de Nabucco, Verdi souhaite profiter de la petite scène du théâtre pour mettre en scène un drame intime. Il choisit d’adapter La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils en utilisant des costumes contemporains. Mais la censure – Venise est alors sous domination autrichienne – s’inquiète du livret : la prostitution, la déchéance sociale et la mort sans gloire du personnage principal heurtent les convenances. L’action est alors transposée "vers 1700" et les acteurs revêtent des costumes fin Louis XIV.

Plácido Domingo, La Traviata, 2019

Malgré ces concessions, la première est un terrible échec. Le public, tout comme les chanteurs, semble déstabilisé face à cette œuvre novatrice au réalisme cru. Verdi retravaille alors le livret pour une reprise un an plus tard au Teatro San Benedetto de Venise. Cette fois, l’ouvrage, plus abouti, remporte un triomphe ! Le public est conquis par l’histoire de cette femme éprise de liberté, qui défie les conventions sociales. Verdi fait retirer les copies de sa partition de 1853 en faveur de cette version définitive.

La Traviata marque un tournant : l’opéra embrasse le drame réaliste en n’excluant pas le personnage d’exception, mais en le plaçant au coin de la rue. L’art lyrique s’inspire d’une nouvelle littérature du réel. Dans la lignée de Violetta naissent ainsi Giulietta (Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach, 1881) et Manon (Massenet, 1884). Il faudra cependant attendre 1906 pour qu’une mise en scène de La Traviata en costumes modernes voie le jour à Milan.

La Traviata marque un tournant : l'opéra embrasse le drame réaliste en plaçant le personnage d'exception au coin de la rue.

La Traviata, Rigoletto et Le Trouvère forment ce que l'on désigne aujourd’hui la « trilogie » de Verdi, trois chefs-d'œuvre nés dans une période créative très dense de deux ans seulement. L’art du compositeur y atteint sa pleine maturité, alliant authenticité des personnages, puissance dramatique et invention mélodique.

Représentation au Florida Grand Opera en 2008, en costumes du XIXe siècle

Au-delà de La Traviata

Sur les vingt-huit opéras composés par Verdi, seulement cinq s’intitulent du nom (ou surnom) de leur héroïne : Giovanna d’Arco (« Jeanne d’Arc »), Alzira, Luisa Miller, La Traviata, Aida. Mais La Traviata a failli ne pas s’appeler ainsi ! Le livret, que Verdi avait d’abord intitulé Amore e morte (« Amour et mort »), fut jugé trop explicite par la censure autrichienne et rebaptisé La Traviata (« La Femme égarée »).

La bande-son

Dans La Traviata, le drame se cache sous les ors de la fête et chaque note célèbre la vie tout en annonçant sa fin. Découvrez le contraste entre le célèbre « Libiamo ne’ lieti calici », véritable chanson à boire, et « Addio del passato », air d’adieu de Violetta. Ce contraste s’affirme aussi entre « Sempre libera », où Violetta exprime son désir de liberté, et « Amami, Alfredo », où elle implore l’amour d’Alfredo.

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